Retour à l'accueil
Ligne

Au fil des années, des disques et des nombreuses tournées à travers l'Europe, les lorrains de CHARGE 69 Pochette magazine Rock Soundse sont taillé une réputation de fer de lance du streetpunk européen. Le quatuor est implanté depuis longtemps, Interviewsson discours est entendu par tous car éprouvé et réfléchi. Ces mecs-là sont de vraies personnalités et l'arrivée du nouvel album "Vos lois ne sont pas nos règles" (tout un programme) va donner l'opportunité aux graçons de s'exprimer sur bien des points qui les touchent. C'est Caps, le bavard, qui se régale.

Alors, ce nouvel album, il semble vous poser quelques soucis de mix de dernière minute?
Caps: II ne devrait plus tarder à arriver mais comme d'hab', on a deux ou trois trucs qui nous chiffonnent alors on chipote un peu. On pense que sortir un disque est une chose importante, c'est ajouter une pierre à l'édifice, pas le nôtre mais celui du punk-rock, alors on s'efforce de faire quelque chose qui se rapproche le plus possible de ce qu'on voudrait.

Pourtant, ce n'est pas la première fois que vous enregistrez au Black Box. Les ennuis viennent d'où?
Caps: C'est notre manque de professionalisme, on n'est pas de super musiciens et tout ne se passe pas toujours comme on le voudrait, sinon ça serait trop simple.

Pour une fois, vous êtes-vous offerts un budget studio conséquent à la hauteur de vos ambitions?
Caps: Non, toujours pas. Tout s'est fait dans l'urgence avec quatre jours d'enregistrement et deux de mix. Ça fait un peu court mais c'est comme ça et on fait avec. D'ailleurs, c'est mieux de ne pas s'éterniser en studio, on va droit au but sans rajouter de fioritures. Essayons de rester simple et efficace.

NOS RACINES

Penses-tu que Charge 69 évolue au fil du temps et des productions, sur un plan musical et sur le plan des textes?
Caps: Musicalement, je pense qu'on reste fidèles à notre style streetpunk basique sauce british. C'est le seul truc qui nous plaise vraiment, ce sont nos racines. Pour les textes, par contre, on apporte chacun des idées. On saute souvent du coq à l'âne mais ce n'est pas plus mal. On ne veut pas être un groupe unidirectionnel avec un type de textes précis. Il faut développer les sujets si on ne veut pas tourner en rond. On peut écrire sur un délire, un fait divers, puis passer à une fiction, à la réalité, à un film ou à une réflexion. On balance les trucs comme ils nous viennent, un peu comme dans la vie, on rit, on pleure, on déconne avant que ça fasse mal. Ça change tout le temps.

En prenant des années, on est forcément attiré par d'autres centres d'intérêt, une famille qui s'agrandit par exemple, cela se ressent-il au niveau des textes?
Caps: C'est sûr qu'avec une famille, on a un autre centre d'intérêt, mais la musique garde toujours une place très importante. On vit avec notre musique du matin au soir. On a fait un choix, celui de vivre notre passion, les répètes, les concerts et toute la vie de groupe. C'est pas toujours facile mais c'est comme ça et au fil du temps, groupe et familles cohabitent. Niveau textes par contre, on essaie de dissocier.

Si vous regardez en arrière, même en allant jusqu'à vos précédents groupes, êtes-vous toujours en adéquation avec ce que vous disiez? Vous redécouvrez-vous vous-mêmes parfois en réécoutant vos anciennes chansons?
Caps: Nous n'avons jamais vraiment été dans des groupes à textes avec des règles très précises à suivre ou des engagements profonds. On a toujours eu tendance à se barrer dans tous les sens, on ne se sent pas esclaves. On aime ce qu'on fait et on ne renie pas ce qu'on a fait, c'est une continuité. En jetant un coup d'oeil en arrière, je dirais que les années ont passé mais nous. on n'a pas trop changé dans le fond. Notre base est toujours la même et on se sent même privilégiés de pouvoir vivre notre trip comme ça.

Lorsque vous jouez avec des groupes plus jeunes que vous, avec des gens qui ont la vingtaine, êtes-vous sur la même longueur d'ondes?
Caps: On adore découvrir de nouveaux groupes et ça se passe généralement bien. Je ne ressens pas vraiment le fossé des générations. C'est vrai qu'à une époque j'avais l'impression que les gens qui venaient au concert étaient de plus en plus jeunes, alors que c'était nous qui vieillissions. Mais ça ne nous préoccupe pas plus que ça. Tant qu'on se sent bien, c'est l'essentiel. Il faut toutefois être vigilant, car souvent en vieillissant, on a tendance à s'enfermer dans une petite cage dorée, on devient moins tolérant, plus susceptible et surtout persuadé que nos choix sont les meilleurs. Il ne faut pas être borné et camper sur ses positions. Souvent, les jeunes sont plus ouverts, plus à l'écoute et plus réceptifs. Mais ce n'est pas une généralité et on peut rencontrer des jeunes de vingt ans très cons et déjà très vieux.

REVENDICATIONS

Si vos textes évoquent toujours les mêmes sujets, n'est-ce pas simplement que la société n'évolue pas, peut-être même régresse-t-elle?
Caps: C'est sûr que le punk-rock est une musique contestataire à la base et que les sujets tournent souvent autour des mêmes revendications, mais vu que la situation ne s'améliore pas! Quand on nous parle de reprise économique, je ne vois pas de quoi ils parlent car les gens autour de nous ne s'en sortent pas mieux qu'avant. C'est toujours la même galère pour joindre les deux bouts. C'est bizarre, on dirait qu'on ne fait pas partie de leurs statistiques. Alors on ne peut éviter ces sujets "typiques", mais à coté de ça, on peut déconner en faisant une chanson sur Rocco Siffredi ou sur les éternelles bonnes resolutions des lendemains de gueule de bois.

Êtes-vous de ceux qui sont encore là à prôner l'anarchie, ou y mettez-vous des nuances? Le slogan "no future" a-t-il encore un sens aujourd'hui?
Caps: Malheureusement le "no future" est toujours d'actualité, et surtout pour les plus jeunes. C'est pour cette raison qu'il faut devenir plus fort, s'en sortir, gueuler et continuer à dire qu'on n'est pas d'accord. Mais il faut réagir face à cette situation pessimiste car si tu ne prends pas les choses en main, tu finis par te mettre une balle ou à te balancer au bout d'une corde. Et ce gâchis avec tous ces gosses qui crèvent dans des caniveaux me fait gerber. Souvent les grandes maximes sont responsables de vraies hécatombes.

Aujourd'hui que le punk des beaux quartiers s'amenuise à petit feu, on dirait que ne reste en piste que le punk fidèle à l'esprit originel, celui de la rue, celui qui tient un discours autant social que politique. Avez-vous conscience qu'aujourd'hui plus encore qu'il y a trois ou quatre ans les gens vont être très attentifs à vos textes?
Caps: C'est tout à fait vrai et c'est pour cela que l'on a endossé l'étiquette streetpunk. Le punk est un mouvement qui vient de la rue et qui doit y rester. En même temps, c'est un mouvement populaire qui ne s'adresse pas uniquement aux branchés, mais à tous ceux qui ont envie de prendre leur vie en main et leur propres décisions, et qui n'ont pas envie de bouffer à longueur d'année le prémâché qu'on veut leur vendre. C'est une révolte contre l'uniformisation, alors on ne va pas dire aux gens comment se comporter et quel doit être leur mode de vie. Il faut les responsabiliser. Nos textes ne donnent pas de leçons, des conseils tout au plus sur des fléaux comme les drogues dures ou les sectes.

Ne penses-tu pas qu'il ne manque qu'un vrai groupe fédérateur, un nouveau Clash (Rancid?), pour que le punk refasse la une des journaux?
Caps: Bon. pour rétablir les choses, n'oublions pas que les Clash ont fait l'unanimité quand ils ont commencé à faire face au grand public et qu'à cette époque (79/80) les punks, du moins les vrais, préféraient Cockney Rejects, UK Subs ou Stiff Little Fingers. Les Clash étaient des rock stars et je préfère nettement Rancid. Ça marche très fort pour eux et tant mieux, ils le méritent. Ils sont authentiques et ils ont vraiment le charisme pour rassembler les différentes tribus et montrer aux jeunes générations qu'il y a autre chose que le rap, la techno ou la variété. Maintenant, il faut savoir ce qu'on veut, il y en a aussi marre de tous ceux qui pleurent parce qu'il n'y a que de la merde à la télé ou à la radio, et que dès qu'ils voient ou entendent un groupe punk sur les ondes, se mettent à leur jeter des pierres et les traitent de vendus. Nous, à choisir, on préfère voir des clips de Rancid que Larusso ou Laam. Le punk-rock doit reprendre les ondes. On n'est pas obligé de passer chez Foucault mais ça serait bien d'avoir nos émissions avec nos programmes, notre musique.

LA BIBLE DU PUNK

La reformation des Sex Pistols n'a-t-elle pas été plus préjudiciable qu'autre chose pour le punk?
Caps: Les Pistols ont été le plus grand groupe du monde, de la galaxie. La bible du punk. En trois ans, ils sont arrivés au summum. Ils ont créé un style, inventé un son, révolutionné le rock. Ils ont effrayé l'establishment, ils ont remis en cause tant de principes non fondés, et sont allés plus loin que n'importe quel autre groupe. Après eux, plus rien n'a jamais été pareil. Et alors qu'ils étaient à l'apogée, au sommet de la gloire, au lieu de profiter du star system qu'ils rejetaient, ils se sont barrés en faisant un grand Fuck Off. Grandiose! Ils étaient une légende indétrônable, ils étaient LA légende. Leur reformation a tout balayé. Elle les a relégués à un petit souvenir qui a perdu toute son importance, son authenticité. Leur chanteur utilisait sans cesse le mot "pathétique", ça convient parfaitement à leur reformation.

Que penses-tu du livre de Greil Mardis, Lipstick Traces? Penses-tu qu'il rend sa vraie personalité à Johnny Rotten?
Caps: Je n'ai jamais trop aimé Johnny Rotten en tant qu'individu, et sa vraie personnalité, je m'en fous royalement. À la limite, quand j'étais jeune, j'étais beaucoup plus fasciné par Sid Vicious, mais dans l'ensemble, je n'ai jamais été très intéressé par les musiciens des groupes, c'est surtout ce qu'ils produisent qui me captive, leur musique et leurs disques. J'ai appris avec le temps que les gens changent. Ils font d'abord des trucs bien, puis, pour plaire au plus grand nombre, ils font de la daube. Je préfère le résultat, le disque qui représente quelque chose à un moment donné, ça reste.

Aujourd'hui, les rebelles politiques sont des gens qui viennent de la terre, la Confédération Paysanne et José Bové pour ne pas le nommer. À Miliau, Noir Désir, Cabrel et Zebda ont joué pour le fameux procès. Auriez-vous pu participer à cette manifestion?
Caps: Chassez le naturel et il revient au galop. C'est pas nouveau... Crass et Conflict avaient déjà prôné le retour à la terre il y a vingt ans. Dans le cas présent, ils ont tout à fait raison, la course au profit fout tout en l'air. Les économistes et les politiques ne voient qu'à court terme et ne se privent pas de polluer l'air, les mers et la planète. C'est vrai qu'on nous fait bouffer de la merde bon marché. On nous empoisonne mais qui a le temps et les moyens de s'alimenter correctement? On vit dans une société où il faut tout faire à cent à l'heure. Productivité über alles. Leur révolte est plus que légitime mais je ne pense pas que ça changera quoi que ce soit.

Retour au haut de la page
Ligne
Retour au sommaire des interviews

Retour à l'accueil
Ligne
MAILING LIST - Recevez des nouvelles du groupe

Biographie | Discographie | Concerts | Sons | Photos
Paroles | Interviews | Marchandises | Contacts | Livre d'or